Home Psychologie Peut-on vraiment croire ce que l’on voit ?

Le regard est le sens le plus sollicité par le cerveau, pour la perception qu’a l’homme du monde extérieur. Tout se décline bien plus souvent en couleurs et formes qu’en textures, odeurs, saveurs ou sonorités.

Notre regard façonne le rapport à l’extérieur, jusqu’à devenir une réalité en soi en laquelle croit celui qui voit, pour reprendre la maxime de Saint-Thomas. Comme toute croyance, même le regard peut amener à être aveuglé.
C’est par une déformation de la vision que le cheval perçoit l’homme plus grand qu’il n’est, facteur déterminant dans notre capacité à l’avoir domestiqué, nous rendant des services essentiels au quotidien, et ce pendant des siècles.

Il est donc important de savoir qu’il existe des illusions qui sont le produit de notre optique, et dont il faut savoir se garder.

Les principales illusions d’optiques se résument à deux grandes catégories, qui se distinguent par leur degré de complexité :

  • Les illusions d’optiques simples
  • Les illusions d’optiques cognitives

Illusions d’optiques simples ou comment jouer sur la perception

Tout d’abord, les illusions d’optiques simples.

Elles jouent des tours à la perception même, à l’activité physique de l’optique.
A ce titre on trouve par exemple les serpents tournants.

 

Les serpents tournants. Cliquez pour agrandir …

C’est une superposition de cercles qui forment une image fixe, mais lorsque l’on parcoure le dessin du regard tous les cercles s’animent pour donner l’impression de tourner. L’effet est saisissant parce qu’il s’agit de fixer ses yeux sur un des éléments de l’image, le centre d’un cercle ou autre, pour bien prendre conscience que l’image est fixe, et que c’est donc notre esprit qui met en marche les ronds.

Fixer les yeux de cette manière s’appelle la vision périphérique. Les gardes du corps l’utilisent pour avoir une meilleure vision d’ensemble, de même que les footballers. C’est aussi une induction pour entrer en auto-hypnose.

canard-lapin

Canard ou lapin ?

Les images réversibles font également partie des illusions simples. ce sont des dessins en deux dimensions, qui ont la caractéristique de proposer deux lectures possibles.
Sans avoir à modifier le sens de l’image, on perçoit simplement deux choses dans un seul dessin.

L’un des plus connu est le canard-lapin, le dessin de la tête d’un animal qui dans un sens est un canard, et dans l’autre est un lapin. Cela démontre que le regard n’est qu’une surface, et qu’il s’agit toujours d’interpréter ce que l’on voit.

Et pour finir sur les illusions simples, il y a les modèles classiques dits de Muller-Lyer. Elles sont très simples à reproduire pour n’importe qui, et restent un défi permanent à l’optique, à portée de stylo.

muler lyer

Même longueur ?

L’illusion repose sur l’idée qu’il s’agit d’un rien pour se tromper sur l’évaluation des choses que l’on voit. Des segments sont strictement de même longueur, mais selon qu’ils se terminent en flèche, ou que le « v » de la flèche du bout soit tournée dans l’autre sens, l’œil perçoit inlassablement l’un des segments plus grand que l’autre.

Ces illusions là ne concernent pas particulièrement l’interprétation que l’on fait des images perçues. Mais les illusions dites cognitives perturbent plus profondément notre système d’optique que les illusions simples.

Les illusions cognitives ou comment perturber profondément le système optique

Il y a différents types d’illusions cognitives (fictives, paradoxales, ambiguës…). Elles agissent après la perception à proprement parler, venant déstabiliser plus que le simple œil en tant qu’outil.

Le type le plus connu de ces illusions a été modélisé par des dessins comme ceux de Penrose.
Celui-ci a d’ailleurs influencé un tableau très populaire : Montée et descente d’Escher.

Montée et descente

Montée et descente d’Escher

Il s’agit de figures qui sont géographiquement impossibles, intenables en terme mathématique.

L’illusion d’optique ne se situe pas en terme de perception, elle crée un fossé entre ce que l’on voit, qui semble réel, et notre incapacité à comprendre ce que l’on voit, un objet qui n’a simplement pas de sens.

Certaines illusions cognitives ne concernent qu’un type particulier d’observateurs, ceux qui vivent une expérience d’hallucination (que cela soit produit par des substances exogènes, ou bien que cela soit le produit d’un désordre mental pathologique).
Dans ce cas là, l’illusion n’est pas reproductible, elles n’existent que pour celui qui perçoit.

Mais pour lui, elles apparaissent réelles, et agissent sur ses sens.

cube de necker

Cube de Necker

Le cube de Necker est une autre forme d’illusion cognitive. Il semble se ranger dans la même catégorie que les dessins de Penrose. Mais le cube n’est pas impossible, il est dit ambiguë.
Cela signifie que l’œil perçoit, que l’esprit accepte, mais pas dans l’intégralité de l’objet. Le cube de Necker est valide, il n’est simplement pas compréhensible dans sa globalité, il n’a pas de sens parce qu’il en a plusieurs.

Penrose proposait une seule hypothèse, pour l’interprétation, et qui était n’était pas concevable. Necker amène plusieurs possibilités qui toutes s’effondrent aux quatre coins (c’est le cas de le dire) du cube.

Nombre de ces illusions d’optiques sont des constructions humaines, le fruit de recherches sur l’optique et une manière de mieux comprendre notre façon de percevoir le monde.

Néanmoins, cela montre que l’œil peut être dupé. Et si l’on est conscient des illusions dont l’homme est à l’origine, il est concevable qu’il en aille tout autrement pour des visions naturelles que l’on percevrait de manière illusoire.

L’homme a beau être persuadé que le ciel est bleu, alors que ce n’est pas le cas, c’est une illusion produite par un mélange de couleurs passant l’atmosphère, le ciel est en réalité une voûte sombre. Donc, pour toutes les illusions d’optiques dont nous avons conscience, combien encore à démystifier ?

Source images : troyka / 123RF Stock Photo
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Montée et descente